jeudi 29 octobre 2009

Clinique du Sport: plaidoyer pour des médecins confrontés à un "calvaire"

Clinique du Sport: plaidoyer pour des médecins confrontés à un "calvaire"
PARIS - Les infections nosocomiales survenues il y a 20 ans à la Clinique du Sport datent du "néolithique" de l'hygiène hospitalière, aussi les trois ex-médecins jugés pour ce drame ne peuvent se voir reprocher leurs pratiques de l'époque, ont plaidé leurs avocats au dernier jour du procès.
"Le ministère public vous a bien dit que cette épidémie avait conduit à renforcer les normes en matière d'hygiène hospitalière pour lutter contre les infections nosocomiales", a souligné mercredi Me Xavier Flécheux, avocat de l'un des prévenus, le Dr Didier Bornert.
"S'il y a eu des évolutions, c'est bien que les choses ont changé et que ces trois médecins doivent être jugés en fonction des données d'une époque (...) où l'appréciation des risques était très différente", a rebondi Me Sylvie Tran-Thang qui défend l'ancien directeur de la Clinique du Sport, le Dr Pierre Sagnet.
Point après point, les avocats ont déroulé la liste des normes, selon eux appliquées "par tous, partout" à l'orée des années 90, au "néolithique" de l'hygiène hospitalière, selon les termes de Me Dominique Pagani, avocate de la compagnie d'assurance de la Clinique du Sport.
Dans cet établissement parisien réputé, dont la liste des patients avait des allures de bottin mondain, 58 personnes opérées des lombaires ou des cervicales entre janvier 1988 et mai 1993, ont été contaminés par une redoutable mycobactérie qui provoque une maladie s'apparentant à une tuberculose osseuse.
Les trois chirurgiens jugés depuis le 6 octobre devant la 31e chambre du tribunal correctionnel de Paris sont poursuivis pour "blessures involontaires", "tromperie" ainsi qu'"omission de porter secours" s'agissant de Pierre Sagnet.
C'est ce dernier qui a fait l'objet des réquisitions les plus sévères prononcées mardi par le ministère public: trois ans de prison dont deux avec sursis et 30.000 euros d'amende.
Contre les deux médecins, Didier Bornert et Patrick Béraud, des peines respectives de deux ans de prison avec sursis et 20.OOO euros d'amende pour l'un et huit mois avec sursis pour l'autre ont été demandées.
Il leur est reproché d'avoir transmis aux patients la mycobactérie xenopie, présente dans le réseau d'eau de la clinique, via leurs instruments chirurgicaux dont la stérilisation était défaillante. Décontaminé à froid, le matériel aurait dû l'être à chaud et rincé à l'eau stérile en flacon plutôt qu'à l'eau filtrée des lave-mains.
"A l'époque, c'était comme ça qu'on faisait, le froid, le chaud, c'était pareil", a affirmé Me Flécheux. Idem pour l'usage de l'eau filtrée, "un processus qui faisait l'unanimité", selon l'avocat.
"Dans l'organisation du bloc, c'est l'infirmier qui a la charge du travail de stérilisation, pas le médecin", a souligné le défenseur du Dr Béraud, Me Guy-Claude Aron, rappelant les nombreux témoignages en ce sens entendus durant le procès.
Sans mettre le cas de son client sur le même plan que celui des victimes, il a évoqué le "calvaire" que cette affaire représente pour lui, "le boulet psychologique dont il ne se défera jamais". "Une épreuve" également pour le Dr Bornert, alors jeune médecin de 34 ans, pris dans la tourmente d'une affaire érigée au rang de symbole des maladies nosocomiales.
Mais "un symbole ne fait pas une culpabilité", a conclu son avocat.
Le jugement a été mis en délibéré au 3 février 2010.

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